Le samedi 14 septembre a été organisé sur le stand des ANARTISTES un débat sur les prisonniers politiques en Tunisie.
Le contexte politique tunisien a été rappelé ainsi que la manière dont la Liberté d'Expression est mise à mal. Les décisions de Justice prises sur la base de lois liberticides ont choqué les participants. Bien entendu, différents cas de personnes ont été évoqués dont celui de Jabeur Mejri.
L'absence d'implication des partis politiques dans la défense de ces personnes a été vivement regrettée. Il a d'ailleurs été remarqué que parmi les leaders de l'opposition comme de la Troïka beaucoup de personnes avaient eu à subir, sous la dictature, des emprisonnements, des tortures et des exils en raison de leurs opinions.
La question principale et qui est revenue à plusieurs reprises a été : qu'est-ce qu'on peut faire ? Un début de réponse a été la participation à ce débat suite auquel la plupart des participants ont laissé leurs coordonnées pour être informés des actions qui pourraient être à nouveau organisées.
Une seconde réponse a été immédiate et a associé plusieurs personnes présentes. Elle a consisté à déployer une banderole sur les avenues de la Fête de l'Humanité de façon à interpeller les passants.
La veille de notre rendez-vous, une banderole de plusieurs mètres carrés et
toujours avec le logo «#free jabeur »
a été déployée sur l’avenue Bourguiba, à
la façon d’un flash mob
sous le regard étonné mais aussi
intéressé des passants.
C’était le 1er rendez-vous du 13 de chaque mois lancé par le
mouvement du 13 mars.
Nous sommes arrivés une poignée du comité de soutien à Jabeur sur place.
Nous avons commencé à coller les affiches avec le logo, aujourd’hui connu par
beaucoup, de "#FreeJabeur" et des slogans pour défendre la liberté
d'expression. Quelques minutes plus tard, Amnesty Tunisie se sont joints à nous
! Des pancartes jaunes criardes s'ajoutent aux nôtres !
#FreeJabeur !
En même pas une heure de temps, la plaine s’est ensuite animée. Des jeunes
et des moins jeunes sont arrivés en petits groupes en discutant, en chantant,
les esprit libres étaient au rendez-vous, des associations, des artistes, blogueurs,
des citoyens, la Tunisie plurielle était là ! Malgré un souci technique sur la sonorisation, la chanteuse Palestinienne
Rim Banna a donné de la voix et dédié deux chansons à Jabeur Mejri. Elle fut suivie par les rappeurs Groupe Zone 5
ainsi que Riadh Barka qui nous ont enchantés avec des chansons à texte de leurs
créations.
A notre surprise, Khemaies Bahri s'est joint à nous avec son luth
pour fredonner du Cheikh Imam.
Nous étions au final une centaine de personnes, portant les t-shirts avec le
portrait de Jabeur réalisé sur place, tous autour d'une même cause qui est la
défense de la liberté d'expression et la liberté de conscience !
Un très bon début qui nous encourage et qui nous permet d’annoncer dès
maintenant que nous nous mettons au travail pour le rendez-vous du 13 octobre
prochain.
Nous serons là, nous ne lâcherons rien, toujours plus motivés et
assoiffés de liberté d’expression pour exiger la libération du prisonnier
d’opinion Jabeur Mejri et pour dénoncer les atteintes aux libertés d’expression
et de conscience en Tunisie..
Nous remercions tout les participants, intervenants et soutiens reçus ce
jour la ! Prochaine action le 13 octobre !
Dans le cadre des actions mensuelles initiées par le mouvement du 13
mars, mouvement lancé pour la défense des libertés numériques et, en
particulier, la Liberté d’Expression, nous vous invitons à ce sit-in
pour exprimer votre colère face aux attaques répétées contre ces
libertés. Ce sera l’occasion
de nous rencontrer autour de musique militante et de témoigner notre
solidarité avec le 1er prisonnier d’opinion en Tunisie
post-révolutionnaire : Jabeur Mejri.
Jabeur, jeune tunisien,
condamné à 7 ans et demi d’emprisonnement pour des caricatures et des
commentaires sur Internet, a déjà passé plus d'an et demi privé de sa
liberté du fait d’une justice qui n’aura pas été indépendante, juste et
respectueuse des Droits de l’Homme.
Rappelons qu’après
épuisement de tous les recours légal devant la justice, avec la famille
de Jabeur, nous avons décidé de demander la grâce présidentielle. Jabeur
est reconnu comme prisonnier d’opinion par les ONG et organisations
nationales et internationales des DH qui se sont exprimées. Le
Président de la République, Moncef Marzouki, a préféré répondre à nos
espoirs et à notre attente par une indifférence insultante. Refusant
d’utiliser une des rares prérogatives dont il est dépositaire, il
préfèrera accorder sa grâce à des prisonniers de droit commun.
L’ex-défenseur des Droits de l’Homme aurait-il perdu la mémoire ou
a-t-il renié ses anciens engagements ?
Nous n’avons pu, ces
derniers mois que constater l’inaction et les silences complices de la
Présidence mais aussi de la plupart des acteurs politiques, des membres
de la société civile mais aussi des médias nationaux. Malgré sa
simplicité, le cas de Jabeur dérange. C’est pourquoi, en attendant que
le courage et l’indépendance leur viennent, nous restons encore plus
motivés et décidés de ne pas laisser Jabeur croupir en prison en raison
de ses idées. Avec le mouvement du 13 mars, nous continuerons à lutter
pour sa libération et au-delà pour la défense de la Liberté
d’expression.
Nous invitons, tous nos concitoyens, soucieux de
la liberté en Tunisie et amoureux des valeurs humaines et des principes
de la démocratie, à se joindre à nous dans notre combat. Votre
présence sera la preuve claire et tranchante que les Tunisiens refusent
l’injustice et tiennent à leur liberté d’expression et de pensée.
Soyez au rendez-vous !
Au programme :
Rim Banna Marwen Blue Riadh Barka Melek khmiri Groupe Zone 5 Street poetry Amine Gharby
Le 7 septembre 2013, le Syndicat National des Journalistes Tunisiens a organisé a organisé sur l'Esplanade du Musée de Carthage un concert "Fréquences Libres" à l'occasion de la Fête de la Presse.
Saisissant cette occasion, le Comité de soutien à Jabeur Mejri a déployé une grande banderole représentant le symbole de ce premier prisonnier d'opinion.Cette opération nous a permis de sensibiliser les personnes présentes et intriguées à la situation de Jabeur. Retour en photos de l'opération.
De la part de Jean Plantu (caricaturiste au journal Le Monde et à L'Express)
Monsieur le Président,
Après
avoir publié des caricatures sur un réseau social, Jabeur Mejri et
Ghazi Beji ont été condamnés, en mars 2012, à 7 ans et demi
d’emprisonnement pour des écrits "susceptibles de troubler l’ordre
public, pour offense à autrui via des réseaux et pour outrage aux bonnes
mœurs".
Ghazi Beji s’est enfui du pays et a acquis aujourd’hui le
statut de réfugié politique en France, Jabeur Mejri est lui incarcéré à
la prison de Madhia depuis plus d’une année.
Le jugement étant
aujourd’hui définitif, seule une grâce présidentielle pourrait permettre
à Jabeur Mejri de retrouver la Liberté.
Merci de faire au mieux pour qu'il puisse bénéficier de cette grâce.
Comme
je participe en octobre à une rencontre de dessinateurs de presse du
Maghreb (voir texte ci-dessous), ce serait magnifique de faire libérer
Jabeur Mejri avant et de pouvoir ainsi faire passer l'idée qu'en
Tunisie, les choses ne sont pas irréversibles.
Merci encore de m'avoir reçu au Palais de Carthage il y a quelques mois.
Notre entretien a été publié dans le journal Le Temps (pièce jointe-février 2012).
Cordialement,
Vous
avez, sans aucun doute, tous entendu parler de Jabeur Mejri. Il a été condamné
à 7 ans et demi pour une caricature postée sur un réseau social. Mais ce que
vous ne saviez pas forcément ce sont les chefs d’accusation.
-5
ans pour trouble à l’ordre public pour un particulier qui avait 16
« fans » sur sa page personnelle … ,
-2
ans pour offense à autrui dans un pays où les prêches et les actes violents,
les appels à la violence et aux meurtres sont, criminellement, ignorés,
-6
mois pour atteinte aux bonnes mœurs car le juge s’octroie le droit, sous
contrainte politique, de décider quelles sont les mœurs acceptables.
Du
temps de Ben Ali, la Liberté d’Expression comme l’ensemble des libertés
fondamentales et des droits individuels, était bafouée. Il suffisait d’exprimer
une opinion déplaisante pour le régime pour que le chef d’inculpation
« trouble à l’ordre public » soit brandi. Ces mots magiques pour une
justice aux ordres, ils sont nombreux à le connaître et à en avoir subi dans
leurs chaires les conséquences : Moncef Marzouki, Mohamed Abbou,
Abderraouf Ayadi, Hamma Hammami, Fahem Boukaddous, … La liste
est longue. Elle comporte des hommes, des femmes, des connus, des anonymes, …
Pourtant,
parmi celles et ceux qui ont connu ces souffrances et qui sont actuellement en
situation de décider, on constate qu’ils ne font que reproduire les mêmes
injustices avec les mêmes méthodes.
Nous,
membre du Comité de soutien à Jabeur, avons eu du mal à réaliser le jugement du
Tribunal de 1ère instance, tellement la peine était lourde,
disproportionnée et prononcée avec une telle précipitation (arrestation le 5
mars 2012, jugement le 28 mars 2012) et sans la présence d’un avocat !
Nous avons cru à une erreur et espéré dans le jugement de la cours d’Appel mais
non, en juin 2012, la condamnation était confirmée.
Après
une année d’emprisonnement, la Cours de Cassation n’avait toujours pas fixé de
date pour se prononcer sans aucune raison claire pour le justifier. Jabeur,
pendant cette longue attente en prison, a perdu confiance en la justice et a
demandé, lui même, dégouté et désespéré, le retrait de sa demande en cassation.
La
condamnation devenant de droit et de fait définitive, le Comité de soutien
espérait en ultime recours la grâce présidentielle. Elle était comme une
évidence. La mascarade allait cesser.
Nous
étions confiants, forts des déclarations du Président de la République qu’elles
furent publiques ou celles privées qu’on nous a rapporté. Avec son droit
régalien, l’indépendance des autorités judiciaires n’était pas remise en cause.
Qui
mieux qu’un militant des Droits de l’Homme, ancien Président de la LTDH, membre
d’Amnesty International et qui lui même a souffert de l’injustice pour ses
opinions, pouvait soutenir cette cause ?
Nous
avons respecté les formes et le droit. Nous avons introduit une demande de
grâce présidentielle auprès du Ministère de la Justice, malgré un formalisme
pointilleux et déplacé et nous avons demandé audience auprès de la Présidence.
Par
l’entremise d’une ONG, nous avons pu obtenir un rendez-vous avec le 1er
Conseiller du Président, M. Azyz Krichene. Lors de cette rencontre, nul besoin
de parler du dossier ou d’argumenter, notre interlocuteur était parfaitement
informé du dossier et convaincu, selon ses dires, que Jabeur n’avait rien à
faire en prison. M. Krichene a tenu la maman de Jabeur dans ses bras et lui a affirmé,
droit dans les yeux, qu’il avait été de l’autre côté de la barrière et qu’il
comprenait parfaitement sa peine de mère. Il nous a donné espoir. Et l’espoir,
c’est tout ce qui reste à cette famille.
Quelques
jours plus tard, le Comité a été invité au Palais pour rencontrer le Conseiller
chargé des Droits de l’Homme. Nous y avons entendu le même discours : sa
place n’est pas en prison … ce n’est pas une image positive pour la Tunisie
nouvelle … les Nations Unies, Amnesty et les autres ONG en parlent … La Liberté
d’Expression est un acquis de la Révolution …
Le
25 Juillet, fête de la République, il n’y a pas eu de grâce présidentielle. A
la fête de l’Aïd, nous attendions avec impatience la sortie de Jabeur. Nous
rêvions encore à Jabeur qui passerait les fêtes de l’Aïd en famille… Ce jour là
a été long. Probablement le plus long pour chacun d’entre nous. La sœur de
Jabeur n’a pas arrêté de téléphoner pour avoir des nouvelles. Midi … après midi
… fin d’après midi … fin de journée … Et
pas de nouvelles. Nous avons alors compris.
Jabeur
reste en prison.
Jabeur
reste en prison et nous ne savons pas pourquoi. Nous avons demandé des
explications. Mais rien. Et les questions se sont mises à tourner en boucle.
Comment
peuvent-ils laisser Jabeur en prison et nous parler de démocratie, de libertés,
de droits de l’Homme ?
Comment
peuvent-ils promouvoir une Tunisie qui a chassé un dictateur et accepter que
Ghazi Beji ait obtenu le statut de réfugié politique à l’étranger ?
Comment
peuvent-ils regarder le peuple en face et lui promettre un avenir quand un
prisonnier d’opinion reste en prison ?
Comment
peut-on parler de Révolution si Jabeur est en prison pour des idées ?
Au
début, peu de gens se sont mis à la place de Jabeur Mejri. Un cas isolé
pensaient-ils. Et puis cette histoire de caricature, cela reste sensible. Il
vaut mieux ne pas s’en mêler. Mais ce qui a commencé avec Jabeur a continué.
Les atteintes aux libertés et les menaces ont concerné des artistes, des
expositions, des chanteurs, puis certains journalistes ou patron de médias,
puis les médias en totalité.
Jabeur
est en prison. D’autres Jabeur suivent. Pensent-ils, comme Ben Ali avant eux,
mettre des idées en prison ? Pensent-ils pouvoir nous faire taire ?
D’autres Jabeur suivent. Mais d’autres Jabeur se révèlent. Je suis Jabeur. Nous
le sommes tous. Car nous sommes tous en danger maintenant. Mais nous avons
décidé fermement de nous exprimer haut et fort. Défendre Jabeur aujourd’hui,
c’est défendre le droit de chaque Tunisienne et Tunisien à la Liberté
d’Expression.
Voilà
pourquoi, nous avons décidé de lancer le Mouvement du 13 Mars. Cette date a été
retenue par la Présidence, en 2012,
comme journée nationale Zouhair Yahyaoui, pour la liberté d’expression
sur internet.
Ce
Mouvement vous annonce que chaque 13 du mois qu’il appelle à un rassemblement (le
lieu sera précisé prochainement) pour rappeler à chacun d’entre nous que
Jabeur, prisonnier d’opinion, est en prison. Nous appelons chaque personne,
chaque famille, chaque citoyen, chaque anonyme à nous rejoindre et à faire de
ce rendez-vous celui de la défense des prisonniers d’opinion en Tunisie.
Nous
organiserons des ateliers de blogging, de graffitis, de « street
Poetry », de « Tsawer Charaa », des concerts de soutien et
toutes formes d’expression possibles pour sensibiliser et former les Tunisiens,
en particulier les jeunes, à leur liberté fondamentale de s’exprimer librement
et en mémoire de toutes celles et ceux qui sont morts ou ont été blessés pour
que cette liberté puisse être la leur.
Nous
utiliserons l’ensemble des médias, réseaux sociaux, réseaux militants, qu’ils
soient nationaux ou internationaux, pour parler de Jabeur. Nous chercherons à
être dans tous les festivals réunissant des artistes, des dessinateurs, des
musiciens, des créateurs, … pour y parler haut et fort de ce prisonnier
politique.
Nous
serons le relai des ONG nationales et internationales pour que le dossier de
Jabeur soit évoqué et défendu à chaque réunion et chaque action.
Nous
saisirons les partenaires politiques et économiques de la Tunisie pour les
alerter de cette situation.
Nous
prendrons chacune des occasions qui nous sera donnée dans les petits moments
comme dans les grands rendez-vous nationaux et internationaux de la Tunisie,
pour nous faire remarquer. Nous n’hésiterons pas à déranger les gens, les
esprits, les réunions, les colloques et autres conférences pour faire connaître
l’injustice qui est faite à un simple citoyen qui n’a d’autres tords que celui
de s’être exprimé.
Le Comité de Soutien de "Jabeur Mejri" vous invite à une conférence de presse qui aura lieu Vendredi 23 Août à 10 h au syndicat des journalistes
(Avenue des USA Bélvédère 1002) afin de vous présenter la situation de
Jabeur Mejri et de vous exposer les actions en cours auprès
de la Présidence mais aussi du grand public, des organisations non
gouvernementales et des formations politiques qui vont être menées sans
attendre.
Dans la Tunisie post-révolutionnaire, Jabeur Mejri, est le premier
prisonnier d'opinion condamné à 7 ans et demi d’emprisonnement pour
avoir diffusé des caricatures sur un réseau social et incarcéré depuis
plus d'un an et demi.
La famille de Jabeur Mejri, accompagnée de son Comité de Soutien a été
reçue à plusieurs reprises par des Conseillers de la Présidence dans le
contexte des grâces présidentielles accordées pour le 25 juillet et pour
la fête de l’Aïd. Malgré des messages positifs et porteurs d’espoir
pour la famille et les amis de Jabeur, aucune grâce présidentielle n’a
été accordée pour ce premier prisonnier politique depuis la Révolution.
Nous sommes à votre disposition pour toutes informations complémentaires.