dimanche 13 octobre 2013

Action du 13 octobre : 13 dessinateurs se mobilisent pour Jabeur Mejri




 Tunis, le 13 octobre 2013
Monsieur Moncef Marzouki

Président de la République Tunisienne

Palais de Carthage

Objet : témoignage de solidarité pour la libération de Jabeur Mejri

P.J. : Dossier contenant 13 dessins


Monsieur le Président de la République,

Nous tenons à vous féliciter d’avoir décrété le 13 mars comme la journée nationale des libertés d'Internet. Il est essentiel pour la défense des libertés individuelles, et en particulier la liberté d’expression d’aller au-delà des déclarations et des célébrations officielles.

Aujourd’hui, dans la Tunisie post révolutionnaire, avec à sa tête l’ancien Président de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme, des jeunes sont en prison pour avoir exprimé une opinion. Jabeur Mejri est en prison depuis plus d’une année et demie et est condamné pour 7 ans et demi de prison ainsi qu’une amende de 1200 DT pour avoir exprimé une opinion.

Voilà pourquoi, nous avons introduit une 1ère demande de grâce présidentielle auprès de vos services. Celle-ci a été refusée. Nous renouvellerons cette demande très prochainement car il est inconcevable que Jabeur Mejri reste incarcéré.

Nous sommes tous Jabeur Mejri car avec Jabeur Mejri en prison, c’est la liberté d’expression et de conscience de l’ensemble des tunisiens qui est emprisonnée. A ce titre, chaque 13 du mois, en référence à la journée du 13 mars, nous agirons pour rappeler à la jeunesse tunisienne, à la classe politique, aux associations, à la société civile et plus globalement à l’ensemble de nos concitoyens que c’est un droit inaliénable que de pouvoir exprimer une pensée, une idée, une vision du monde.

Après le sit-in et les animations du 13 septembre, ce mois-ci 13 dessinateurs tunisiens et amis de la Tunisie ont réalisé à votre attention et à celle de Jabeur Mejri 13 dessins pour exprimer leur solidarité de manière concrète que nous vous adressons avec le présent courrier. Nous envoyons ce même courrier à Jabeur Mejri et nous ne doutons pas que votre administration ne bloquerait pas ce témoignage de soutien mais au contraire aurait à cœur que ses lettres lui parviennent dans les meilleures conditions.

Ces dessins seront dans un premier temps exposés sur internet et feront, avec d’autres, l’objet d’expositions à chaque occasion qui pourra nous être donnée.

Cette mobilisation continuera et grandira jusqu’à ce que Jabeur Mejri soit libéré et que toutes les garanties soient données pour la préservation des acquis de la Révolution quant aux libertés individuelles et à nouveau en premier lieu, la liberté d’expression.

Dans l’attente cruelle et partagée avec la famille et les amis de Jabeur Mejri de ce moment, nous sommes à votre disposition pour vous donner à nouveau l’ensemble des éléments qui permettront de parvenir à cette juste libération.





Comité de soutien Jabeur et Ghazi 









 Les dessins suivants sont de  :
  Amar Bézouère
Anis Chelbi
Yahia Boulahia
Bésot  
Elchicotriste
Willis from Tunis
Bizz
_Z_
@revolution
Malkomix
Dlog
Gris-Grain
Flask
  



















samedi 12 octobre 2013

Avec Jabeur Mejri, c’est la Liberté d’expression qu’on emprisonne.



 Une demande de grâce a été déposée pour Jabeur Mejri au mois de juin. Nous avons reçu en fin de semaine la réponse officielle via l’avocate du comité de soutien de cette 1ère demande qui se solde par un refus officiel de la part de la Présidence

Au moment où nous écrivons ces lignes, aucune information concernant Jabeur ne nous est parvenue sur sa présence ou non sur la liste des 1039 prisonniers libérés à l’occasion de l’Aïd.

Nous accusons réception du refus officiel de la demande de grâce de Jabeur Mejri et nous nous étonnons de l'intérêt que le Président prétend porter à ce jeune tunisien.

Ce refus est total contradiction avec les promesses jetées ici ou là par son entourage et au-delà avec ses prises de position officielles lors de vos visites à l’étranger. Il semble qu’entre les paroles et les actes, il y ait un gouffre dans lequel il a été décidé de jeter Jabeur Mejri.

Le Comité de soutien et la famille de Jabeur Mejri a déposé un recours en grâce dès que l’ensemble des procédures juridiques ont été épuisées. Depuis, nous avons été reçus à plusieurs reprises par les conseillers de Moncef Marzouki, en Juillet 2013. Rencontres qui nous ont permis d’affirmer avec force que Jabeur était un prisonnier d’opinion et qu’il fallait le libérer, ce avec quoi nos interlocuteurs, ces conseillers, étaient parfaitement d’accord.

Nous avons adressé un courrier à la Présidence qui est resté sans réponse.

Nous avons alors tenté de contacter les conseillers de la Présidence pour avoir des explications, pour comprendre, pourquoi Jabeur n’avait pas été gracié cet été.

Mais aucune réponse là encore.

Et pour cause : quelle explication fournir de manière officielle pour justifier la détention d’un prisonnier d’opinion dans la Tunisie postrévolutionnaire ? Comme nous l’avions indiqué alors, nous ne baisserons pas les bras devant ce mutisme en Tunisie et les prises de position contradictoire de la Présidence.

Voilà pourquoi, nous avons lancé le mouvement du 13 mars (en référence à la journée nationale de la liberté d’expression sur Internet initiée par le Président en personne) et nous nous sommes engagées à réaliser des actions chaque 13 du mois.

Nos paroles sont confirmées par nos actes et nous avons respecté nos engagements.

Avec ce mouvement du 13 mars, la mobilisation grandit auprès de la jeunesse, de la société civile, des ONG tunisiennes et étrangères.

Nous annonçons par le présent communiqué que nous accusons réception de ce premier refus officiel de Moncef Marzouki de libérer Jabeur Mejri mais qu’il nous est impossible de l’accepter au nom des principes et des valeurs de la Tunisie postrévolutionnaire.

Voilà pourquoi, nous réitérons cette demande de grâce et allons procéder, à nouveau, à l’ensemble des démarches administratives dans ce sens Nous appelons l’ensemble de nos soutiens et en premier lieu la jeunesse tunisienne à rester mobilisée pour cette cause au nom de la Révolution qu’elle a porté.

Avec Jabeur Mejri, c’est la Liberté d’expression d’un peuple qu’on emprisonne.

Le comité de soutien à Jabeur Mejri


vendredi 11 octobre 2013

Une nouvelle grâce présidentielle. Le Comité en attente d'informations fiables



Aujourd’hui, vendredi 11 octobre 2013, une grâce présidentielle a été accordée à 1039 prisonniers. A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous ne savons pas encore si Jabeur Mejri fait parti des prisonniers graciés.

Dès que des informations précises et fiables nous parviendront, nous les communiquerons immédiatement.

La famille, les amis et le Comité de soutien à Jabeur ont l’espoir que ce dernier sera libéré.



Le Comité de soutien





vendredi 27 septembre 2013

Selon le vent, vous serez coupable ou innocent.



Monsieur le Président,



Nous citons votre réponse à une question d’un représentant de Human Righ Watch concernant la libération de Jabeur Mejri (1) :



« Nous avons une société très conservatrice, il faut attendre le bon moment. En plus avec tous les salafistes que nous avons, ce serait dangereux pour lui. J’attends encore quelques mois et hop, je le libère. »



Peut être que l’ancien Président de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme a oublié ce que représente HRW en particulier et les Droits de l’Homme en général. En offrant une telle réponse concernant un prisonnier politique, non seulement, vous confirmez que la justice tunisienne a condamné un homme en raison d’une opinion mais que si il n’a pas été gracié par vos soins, c’est toujours en raison de ses opinions.



Votre société conservatrice n’est pas la société tunisienne.



Vos propos sur la société tunisienne démontrent, s’il en était encore besoin, à quel point vous êtes coupé des aspirations de la nation. La société tunisienne est une société ouverte, tolérante et jeune. C’est cette jeunesse tunisienne qui a porté la Révolution vous permettant de rentrer au pays et d’y prendre la place de Président. Elle n’est pas une jeunesse conservatrice qui aspire à moins de droits et moins de libertés. Elle s’est battue dans sa chair et dans son sang pour exactement le contraire. C’est une jeunesse, à l’exemple de Jabeur, qui s’exprime par les réseaux sociaux, les arts, la culture, … Et elle n’entend pas se laisser enfermer dans le modèle importé et rétrograde tel que le pouvoir provisoire qui est en place et que vous représentez, veut l’instaurer.

La Tunisie post-Révolutionnaire ne veut plus de dictature qu’elle soit celle d’une Mafia ou d’une théocratie. Entre la peste et le choléra, les Tunisiens ont choisi. Ils ne veulent ni l’un, ni l’autre.

Les jeunes qu’ils soient de « simples » citoyens, les artistes, les militants, les journalistes, les juristes, …  vous le confirmeront : il faut avoir le courage de ses opinions, les exprimer et les traduire par des actes.



La réponse faite à HRW démontre que ce n’est pas votre cas concernant les prisonniers d’opinion.



Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent.



Pour la famille de Jabeur Mejri, pour ses avocats, pour son Comité de Soutien et pour ses amis, entendre que Jabeur sera libéré au moment que vous jugerez opportun est une honte. Considérer un homme, et à travers lui la Liberté d’expression, comme une carte à jouer dans un jeu politique trouble est scandaleux. Il est vrai que le dictateur Ben Ali libérait des prisonniers politiques en fonction de ses seuls intérêts à maintenir la dictature. Croyez-vous vraiment que les Tunisiens sont aveugles dans ce jeu de dupes ?



Vos « visions avant-gardistes » pour la promotion des droits de l’Homme du Président Morsi et des prisonniers politiques en Egypte feraient bien de s’appliquer en Tunisie. Il faut balayer devant sa porte avant de prétendre donner des leçons dans la maison voisine :



Jabeur Mejri, les rappeurs Klay BBJ et Weld el 15, le metteur en scène Nassredine Shili, le cinéaste et fondateur de Radio Chaabi, Nejib Abidi, le réalisateur Abdallah Yahia, l’ingénieur du son Yahia Dridi, le compositeur Slim Abida, la féministe Amina Sboui, … pour ne citer que les plus médiatisés.



La Prison, quartier de haute sécurité pour les Tunisiens.



Jabeur Mejri, de sa prison miteuse où des maladies d’un autre temps pullulent, sera probablement reconnaissant que vous cherchiez à le protéger des milices salafistes. Les mêmes que les autorités en place ont laissé proliférer en toute connaissance de cause. D'ailleurs, nous allons être nombreux à répondre à votre invitation pour aller en prison en quête de sécurité dans un pays de non droit !



Un peu de sérieux quand on évoque la sécurité publique ne nuirait pas à la Tunisie même si les autorités que vous représentez sont incompétentes pour la garantir à l’ensemble des citoyens.



Votre renoncement à vos idées et aux valeurs défendues par les Révolutionnaires ne sera pas notre renoncement à défendre Jabeur Mejri et à exiger sa libération.



Nous, nous ne baisserons pas les bras et nous n’attendrons pas que le vent change pour agir avec encore plus de détermination que cela soit en Tunisie.



Nous appelons les citoyens, les ONG, les militants, les partis politiques à nous rejoindre dans les actions que nous allons lancer en Tunisie comme à l’étranger.




(1)   A l’occasion de sa participation au Council on Foreign Relations le 25 septembre dernier, Le Président Marzouki a donné l’explication du maintien en prison en répondant à une interpellation de Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch

 


 (voir à 24 '30'' pour l'extrait concernant Jabeur Mejri)


J'ai été profondément choqué par ça. Il est triste qu'un jeune homme soit condamné à 7 ans de prison pour une bande dessinée. Bien sûr, c'est une bande dessinée. Nous avons également une société très traditionnelle et très conservatrice. Et maintenant soyez sûrs que j'attends juste le bon moment vous savez, un moment particulièrement bon pour relâcher ce type. Vous savez quand vous avez cette situation avec les salafistes, extrêmement violents et ainsi de suite, relâcher ce gars juste maintenant pourrait être dangereux pour lui-même.

Mais j'ai décidé que j'attends juste quelques mois avant hop (sic), il sera relâché.









Le Comité de soutien